L’histoire de la gestion des ressources halieutiques. Quelles implications pour les politiques de démantèlement d’ouvrages en France et aux États-Unis ?

Ce poster propose une approche historique de la gestion des rivières par les acteurs de la pêche en France et aux Etats-Unis. Le point de départ est le constat effectué dans les deux pays d’un « dépeuplement des cours d’eau » au milieu du 19ème siècle. A la suite de cela, les pêcheurs se sont trouvés au centre de l’attention dans le domaine de la gestion des rivières avec le développement de la pisciculture et des structures d’amélioration de l’habitat (notamment aux États-Unis avec l’école du Michigan concernant ce dernier outil). Ces programmes devaient permettre de satisfaire la demande en poissons.

Cette relation historique entres les acteurs de la pêche et la gestion des cours d’eau a encore aujourd’hui des implications dans la gestion des rivières, notamment dans le cadre des opérations de démantèlement d’ouvrages en travers qui se multiplient de part et d’autre de l’Atlantique. On constate en effet que des acteurs anciens de la pêche des deux pays (Fish Commission, Fédérations de pêche ou associations locales de pêche) sont aujourd’hui des partenaires importants de ces opérations, voire incontournable dans certains contextes (Fish and Boat Commission en Pennsylvanie ou dans une moindre mesure les Fédérations Départementales pour la pêche et la protection du milieu aquatique en France).

Néanmoins, il faut souligner que ces opérations ne sont pas toujours bien perçues par les pêcheurs locaux. Certaines d’entre elles révèlent des conflits entre les pêcheurs locaux et leurs instances représentatives, et ce dans les deux pays.

Ce poster a été présenté par Ludovic Drapier lors des Doctoriales Sciences Sociales de l’Eau organisée à Montpellier en juin 2016.

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L’exemple du McCoy-Linn dam (Bellefonte, Pennsylvanie)

L’exemple du McCoy-Linn dam sur la Spring Creek, au nord de State College (Pennsylvanie), illustre bien l’implication des acteurs de la pêche dans les opérations de démantèlement d’ouvrages hydrauliques, notamment en Pennsylvanie, Etat leader du mouvement aux Etats-Unis.

Construit à l’origine en 1796 pour alimenter en énergie une forge, l’ouvrage a ensuite été intégré dans le système de canaux reliant Bellefonte au sud à Lock Haven au nord jusqu’à son endommagement par une crue en 1865. Une seconde crue l’a détruit en 1936 mais il a été reconstruit afin de produire de l’hydroélectricité pour la compagnie West Penn Power. Cette dernière a abandonné l’exploitation de l’ouvrage dans les années 1950.

La Pennsylvania Fish and Boat Commission, devenue propriétaire de l’ouvrage dans les années 1980, a travaillé en partenariat avec Clearwater Conservancy, l’association du bassin versant de la Spring Creek, à l’effacement de l’ouvrage afin de restaurer la continuité écologique du cours d’eau et améliorer la qualité de la Spring Creek au bénéfice des pêcheurs. Cette rivière est en effet réputée pour la truite (brown trout – Salmo Trutta) et une pisciculture de l’État est d’ailleurs installée plus en amont afin de bénéficier de la bonne qualité des eaux. C’est également sur cette rivière qu’a été développé Fisherman’s Paradise dans les années 1930.  Il s’agit du premier tronçon de cours d’eau des États-Unis uniquement dédié à la pratique de la pêche. Il a été conçu et opéré par la Pennsylvania Fish and Boat Commission depuis sa création et a servi de modèle pour la doctrine « Fish for fun » qui a prévalu dans l’État jusqu’au début des années 1980. Ce tronçon a également servi de laboratoire pour la mise en place de structures d’amélioration de l’habitat.

En termes de résultats, des aménagements ont été effectués pour faciliter l’accès en voiture (photo 1), ainsi qu’aux berges de la rivière (photo 2) et une zone d’embarquement a été créée (photo 3). Des structures d’améliorations de l’habitat ont été mises en place (photos 4 et 5). La présence de la Fish Commission dans le projet et la renommée de la rivière pour la truite ont favorisé la mise en place de ces nombreux aménagements que l’on ne retrouve pas nécessairement dans le cadre d’autres opérations. On note aussi la présence de panneaux d’interprétation, mis en place sous la pression de la Pennsylvania Historical and Museum Commission (photo 6) lors du projet.

Enfin, le chapitre local de l’association Trout Unlimited (Spring Creek Trout Unlimited) a également participé au projet avec la plantation d’une nouvelle ripisylve, d’abord d’un côté de la rivière en 2009 (photo 7), puis de l’autre plus récemment en 2014 (photo 8).

Les acteurs de la pêche ont été impliqués tout au long de l’opération, de l’émergence du projet à l’entretien du site. Cette implication se traduit visuellement dans le paysage par des aménagements dédiés à la pratique de la pêche que l’on ne retrouve pas toujours dans le cadre d’opérations de démantèlement aux États-Unis.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Germaine (30 juin 2016). L’histoire de la gestion des ressources halieutiques. Quelles implications pour les politiques de démantèlement d’ouvrages en France et aux États-Unis ? La Sélune. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tyl3


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